Je n’avais pas envie de faire un film de plus sur le « Milieu ». Je n’avais pas davantage envie de m’attacher à une histoire pour laquelle il me faudrait idéaliser mes personnages. Ce que je cherchais, c’était le moule dans lequel mes thèmes, mes obsessions, allaient pouvoir prendre corps. C’est en ce sens que ma rencontre avec André Bellaïche a été déterminante.
Parce que son histoire personnelle est très particulière et mystérieuse - autant que le sont ses liens avec le Gang des Postiches - j’étais d’autant plus libre d’inventer, d’adapter, de me glisser dans cette histoire.
Parce qu’elle est aussi incroyablement rocambolesque - chaque événement qu’il a vécu aurait dû le condamner à prendre 1000 balles - je n’avais nul besoin de l’idéaliser. Condamné à mort par contumace à l’âge de 24 ans, en cavale pendant 10 ans, présumé associé au gang le plus célèbre des années 80, arrêté les armes à la main, évadé, à nouveau emprisonné, et après une longue incarcération, totalement réinséré, toujours amoureux de la femme qu'il a rencontrée quand il avait 20 ans, et fier de la splendide fille qu'ils ont eue pendant leurs années de cavale… Sa vie est un roman et lui, un vrai personnage.
Bien sûr, tout cela n’est que la façade qu’il a fallu dépasser pour pénétrer sur le territoire des doutes, des angoisses et des peurs, des illusions déçues, des amitiés trahies et des blessures mortelles… Autant de choses qui poussent en dehors de la vie, ôtent la force, si ce n’est l’envie, de résister, de continuer. Pourquoi certains y arrivent et d’autres pas ? Pourquoi certains, nés dans les mêmes conditions, se retrouvent voyous et d’autres fonctionnaires ?
Questions sans réponse, zones d’ombre multiples… Ces vies sont le miel des scénaristes, et ce film n'est en rien un documentaire scrupuleux sur l’histoire de tel personnage ni celle de tel gang. J'utilise simplement les éléments de leurs histoires comme la majorité des cinéastes le font lorsqu’ils se frottent au genre : ce que l’on met dans nos films s’inspire du « vrai », tout en étant obligatoirement retraité. Ce qui explique que le scénario de ce film a été en partie inspiré par les faits reprochés à André Bellaïche par la justice, faits dont il a été reconnu « non coupable ».
Au fond, et comme toujours, la Légende compte plus que la Vérité.
Ce que j’ai voulu retenir de nos discussions, ce sont donc les éléments qui recoupaient des thèmes qui me sont chers : le fait d'être issu d'un milieu difficile, de ne pas avoir les bonnes cartes en main, de se battre pour les obtenir, pour sortir de son milieu et s’élever. La faculté d'adaptation aussi, qui suppose d'être habité par l'envie obstinée de vivre. Cette idée était le socle du Nombril du Monde, et je l’ai retrouvée dans cette histoire : il n'y a pas de grandeur dans la mort. Quand on l’affronte, c’est pour mieux l’éviter, pour éprouver davantage encore le plaisir de vivre.
En ce sens, ce long métrage va volontairement à l'encontre de la tradition du film noir, qui a tendance à sublimer le nihilisme.
Parce que le renouveau du genre m’amène forcément à me questionner sur la société qui m’entoure aujourd’hui. Et que nos films ne doivent pas servir d’alibi à la sourde violence qui monte autour de nous comme unique moyen de s’exprimer, ni à la sublimation de la mort au nom d’un idéal contestable.
C’est pourquoi de mon côté, pour apporter une pierre à l’édifice, j'ai voulu raconter à quel point la vie animait l'action de ce gang.
Et, tout paradoxe mis à part, il n'y a rien de plus beau pour moi que de donner naissance à un film sur la vie.
Le Dernier Gang
Running Time: 125 Minutes
Release Date: 31 October 2007 (France)
Alternate Title: Masked Mobsters
Produced in: France
Genre: Drama, Thriller
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